TECHNIQUES

Introduction

 Si certaines zones du littoral sont fréquentées en permanence par les bars, la répartition des bancs n'est pas toujours très homogène et le nombre d'individus au kilomètre carré peut largement varier.


Il est évident qu'un éboulis de roches procure plus d'abris aux poissons fourrage qu'une longue plage rectiligne, désespérément plate. De même, un fond parsemé de roches avec des cachettes potentielles offre plus de chances de survie à ces mêmes poissons qu'un lit plat d'estuaire où sévissent de forts courants.

 Effectuer une série de lancers comme ça, "au petit bonheur la chance" ne suffit pas pour prendre du poisson... même en partant du principe que plus les cachettes sont nombreuses dans un secteur, moins les proies y sont faciles à capturer et que, par conséquence, plus le temps de traque active des carnassiers sur cette zone sera long, plus leur velléité à sauter sur tout ce qui bouge (y compris un leurre) sera exacerbée !

Dans le même temps, il serait faux de penser qu'en présence de proies parsemées, les bars n'insistent pas et s'en vont chercher pitance ailleurs.

Ces rusés prédateurs adoptent alors souvent une autre tactique (surtout l'été): l'affût! Profitant de la présence du moindre remous ou du plus léger des courants, ils se tapissent sur le fond, à proximité ou derrière une roche. Le bar pratique l'affût en solitaire ou en groupe restreint afin de surprendre les agrégats de poissonnets malmenés par le remous ou profitant d'un courant portant pour se faire véhiculer sans fatigue.

 Les particularités du relief et le comportement des poissons, qui changent d'un endroit à un autre, font que le temps de présence des prédateurs sur un site dépend autant de l'élément "gîte" (caches naturelles offertes aux chassés comme aux chasseurs) que de l'élément "couvert" (nourriture disponible que ce secteur offre aux proies potentielles).


 Globalement, la stratégie quotidienne des bars en matière de recherche de nourriture se résume en deux doubles déplacements journaliers: d'une zone de repos où ils se replient à la fin des marées descendantes (souvent un champ de laminaires ou une zone rocheuse parcourue de coursives à fond sableux) vers la partie la plus proche de la côte (ou la partie la plus en amont d'un estuaire) que les pleines mers leur permettent d'atteindre, et vice versa.

Ces cheminements se faisant sur quelques kilomètres comme sur plusieurs dizaines dans un même laps de temps (six heures tout au plus), il est évident que le temps de présence (ou de passage) sur chaque poste est alors plus ou moins long et donc plus ou moins exploitable pour la pêche.

 Connaître avec exactitude ces itinéraires est donc primordial car un cheminement presque rectiligne ou légèrement courbe le long d'une côte découpée fait passer les bancs de poissons très près de certaines avancées naturelles (pointes de roches, par exemple) ou artificielles (jetées, quais). La connaissance détaillée des " stations " (zones de chasse ou d'affût) et des tronçons (sorte de R.E.R. pour bar) donne trois options tactiques de pêche.

- Attendre le passage des bars.
- Accompagner le mouvement de ces poissons.
- Chercher spécialement les postes où les Bar (loups) pratiquent l'affût. Pourquoi démarquer ces options des autres? Tout simplement parce que bien souvent, les bars qui bougent et ceux qui attendent ne se prennent pas avec les mêmes leurres.

 La connaissance des secteurs s'obtient par recensement, classification (bons, moyens, possibles, à essayer ou à écarter) et archivage des données.

 Chaque poste doit être répertorié sous la forme d'une fiche signalétique qui se remplira à mesure des essais.

 Le travail d'archivage permet ainsi d'affiner dans le temps les possibilités offertes par un poste, de cibler les meilleures périodes pour y pêcher, voire de faire un hit-parade des leurres les plus performants.

 Chaque mouvement de marée sur 24 heures se compose en fait de quatre moments d'inégales longueurs (en réalité, le temps de la montante est toujours plus long que celui de la descendante): le flot et le jusant qui durent l'un et l'autre environ 6 heures, et deux périodes de transition, les étales. qui n'excèdent pas vingt minutes chacune. Ces périodes de transition ont un rôle capital pour la pêche.

En effet, elles permettent le décalage journalier des pleines et des basses mers, jour après jour, avec tout ce que cela peut impliquer pour les pêcheurs.

Autre particularité, elles influent sur les stratégies des prédateurs et ce, quelques fois même poste par poste: il existe ainsi des secteurs où il est préférable de débuter juste avant l' étale de basse mer et de poursuivre la pêche pendant le début de la montante, d'autres où les temps de pêche les plus intéressants se situent juste avant la pleine mer et dans les deux ou trois premières heures de la descendante.

 L'archivage de données peut permettre de faire des sélections de postes en fonction des mouvements de marées, avant et après les deux étales, et de faire ressortir les grandes tendances d'une région. A titre d'exemple, les tendances générales de la partie la plus à l'ouest de la Bretagne sont les suivantes:

- Plages plates, ports à marée, mouillages forains, pointes rocheuses et estrans devant les estuaires: réputés bons par gros coefficients et en début de montante.

- Plages moyennement rocheuses, grèves, plages de galets: bons par coefficients moyens et en début de descendante.

- Plages pentues et débouchés d'estuaires: bons par gros coefficients et en début de descendante.

- Secteurs en amont des estuaires: bons par petits coefficients et en fin de montante.

 On considère qu'un même secteur doit faire au minimum l'objet de six essais:

trois à partir des étales précédant les montantes d'un petit, d'un moyen et d'un gros coefficient;

trois autres à partir des étales précédant les descendantes d'un petit, d'un moyen et d'un gros coefficient.

Le bon sens conseille d'inclure dans chaque séance d'essai, la dernière heure de marée avant chaque étale et de limiter chaque séance à quatre heures maximum. Si dans ce délai, et après des essais de leurres de conceptions diverses, il n'y a aucune prise, inutile de s'entêter... il faut passer à un autre poste!

 Les temps de passage devant un poste pouvant être très bref, mieux vaut donc accompagner les mouvements des bancs ou chercher les poissons "planqués" sur les postes d'affût plutôt que de rester stérile sur un même site.

 Accompagner les bancs n'est cependant pas toujours aisé car, bien souvent, les bars ne suivent pas le premier flot de la montante (ou du jusant) et ne " collent " pas systématiquement à la côte. Il est coutumier de dire, non sans raison,  du moins en ce qui concerne les plages, que les plus gros poissons ne quittent leurs zones de repli qu'à partir de la deuxième ou de la troisième heure de montante: c'est-à-dire, grosso modo, quand l'apport d'eau au bout de deux heures donne une hauteur avoisinant le mètre.

En suivant la mer, la première tactique est donc de prospecter tous les endroits où elle accuse à peu près cette profondeur qualifiée de " repère ".

 L'autre tactique déambulatoire ne tient pas compte de la hauteur d'eau mais plutôt des particularités des avancées de roches perpendiculaires à la côte, de celles formant des banquettes ou toutes autres sortes de configurations pouvant créer des zones d'attente.

 Il ne faut jamais oublier que les algues, ainsi que les dépressions du fond, sont aussi exploitées par les bars comme autant de caches d'où ils jaillissent pour se saisir des proies qui se déplacent.

La tactique de cette pêche est alors simple. Tous les 10 m environ, effectuez quatre à cinq lancers sur des axes légèrement différents: en cas d'absence de suivi, de ratés ou d'attaques, allez 10 m plus loin et recommencez les lancers. Par endroits, certains détails comme la présence d'oiseaux marins au repos (goélands, cormorans, sternes) ou en activité (agitation, va-et-vient incessants, plongeons), doivent inciter à des temps de prospection plus longs, plus soutenus.

Attention, le fait de devoir surprendre des poissons près du bord, souvent dans une mer calme et transparente de surcroît, implique toujours une approche discrète: évitez de pénétrer dans l'eau et portez des vêtements de couleurs neutres.

 Un bar qui se déplace attaque principalement ses proies sous la surface ou dans peu d'eau; les Stick Laits, Poppers et poisson à hélices sont alors à utiliser pour le tenter.

 A l'affût, ce même poisson sautera plus volontiers sur un poissonnet qui nage entre deux eaux, qui frôle les fonds rocheux ou qui circule près du fond au-dessus des parties sableuses.

Un leurre très légèrement plongeant (Minnow, Suspending, Jerk hait) là où il y a de la rocaille, un modèle plus plongeant (Shad et assimilés) ou à grande bavette (Crank bail) susceptibles de racler le substrat et de provoquer des nuages de sédiments sur les fonds sableux seront alors à privilégier.

 Quels que soient les leurres utilisés, ceux-ci doivent tous être récupérés de façon énergique. C'est en effet souvent l'élément "vitesse de déplacement " qui prévaut plutôt que les choix habituels que l'on peut faire sur les modèles (formes, tailles ou coloris). Pourquoi ? Sans doute que pour un bar, une proie qui se déplace à grande vitesse doit déjà avoir un prédateur aux trousses... or, dans la nature, il y a assez rarement partage de nourriture!

 Nombre de pêcheurs s'imaginent à tort que le matériel le plus performant, associé à des leurres renommés, propulsés à des distances extraordinaires, est souvent l'unique solution pour prendre du poisson. Hélas pour eux, la plupart du temps, la tactique de pêche prime sur le côté technique. En fait, rien ne sert d'avoir le meilleur matériel du monde, de disposer des leurres les plus redoutables et d'être un lanceur hors pair, si on ignore tout du comportement des poissons.

Les notes ci-dessus sont extraites du Magazine :

  • la PÊCHE en MER ,
  • Éditions LARIVIÈRE

 

 

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